5th Congress Autism-Europe
Articulos / Proceeding
Autism-Spain

Approche multidimensionnelle des troubles du développement chez l'enfant.

Intérêt de l'utilisation d'outils informatiques et statistiques.

Sylvie Roux, Nicole Bruneau, Pascaline Guérin, Bernard Garreau, Michéle Boiron,

Catherine Barthélémy

CHU Bretonneau - Tours - France

J'interviens ici en tant qu'ingénieur de recherches dans le service du Professeur Catherine Barthélémy, au Centre Hospitalier de Tours. Ce service fait partie integrante d'un ensemble de structures comprenant : un service de pédopsychiatrie, un laboratoire de Neurophysiologie et un laboratoire de Biochimie. Les recherches menées par l'ensemble des cliniciens et des chercheurs sont consacrées à la clinique et à la neurobiologie des troubles du développement chez l'enfant; dans deux perspectives principales : le diagnostic précoce et la thérapeutique.

Le travail que nous vous présentons aujourd'hui s'inscrit dans la démarche générale de cette équipe qui privilégie une approche multidimensionnelle et pluridisciplinaire des troubles autistiques. En effet, les principaux travaux qui ont été effectués depuis de nombreuses années ont porté sur l'analyse conjointe de différents paramètres cliniques, biochimiques et électrophysiologiques, au cours notamment d'études thérapeutiques. Les résultats obtenus ont montré l'intérét d'une telle approche pluridisciplinaire; l'application de ces mesures biocliniques ayant en effet contribué à évaluer l'efficacité des soins pour chaque enfant et à proposer de nouvelles mesures thérapeutiques. A ces raisons s'ajoutent des raisons d'ordre technique liées à la quantité des informations recueillies (il faut rappeler que pour la seule évaluation quantitative des comportements, chaque échelle nécessite une validation statistique). C'est pour répondre à ces différents besoins qu'il est apparu nécessaire de recueillir de façon systématique l'ensemble de ces données tout au long de la prise en charge de l'enfant. La constitution d'une base de données biocliniques s'est donc avérée indispensable afin d'améliorer la pratique clinique et thérapeutique.

Je vais tout d'abord vous donner un exemple d'étude réalisée dans le service, étude qui a participé à cette réflexion ayant abouti à la constitution d'une base de données. Les classifications habituelles placent les enfants dans des grands groupes diagnostiques alors que les biologistes en particular, souhaitent identifier des sous-groupes plus limités et plus homogènes. En effet, deux enfants ayant reçu le même diagnostic d'autisme selon les classifications habituelles, peuvent avoir des profils très différents. C'est ce que nous avons pu montrer, à partir de quatre paramètres qui évaluent quatre grandes déficiences; à savoir les signes d'autisme, le retard, les troubles neurologiques et les troubles du langage. Un premier travail a été réalisé sur 202 enfants âgés de 2 à 16 ans, hospitalisés dans le service avant 1989. Une classification automatique a été appliquée sur ces 4 paramètres et a permis d'isoler 4 groupes enfants (représentant 60,3% de la variance totale).

DIAPOSITIVE

Voilà ce que donne une méthode de calcul assez abstraite à partir des données qui nous sont fournies par les cliniciens.

Les profils moyens des 4 groupes obtenus par analyse statistique, sont donc représentés sur cette diapositive; à partir des quatre paramètres dont nous venons de parler : les signes d'autisme, le retard, les troubles neurologiques et les troubles du langage.

* les 2 groupes du haut, sont des groupes d'enfants présentant des troubles autistiques importants : le groupe I est composé d'enfants qui en plus de leur autisme ont un retard important ainsi que des troubles neurologiques et du langage graves,

* les deux groupes du bas, sont des groupes d'enfants sans autisme avec pour le groupe III un retard important.

Ces premiers travaux qui ont permis d'individualiser des sous-groupes plus homogènes d'enfants nous ont encouragé à utiliser plus d'informations comme par exemple celles fournies par l'évaluation du comportement et celle fournie par l'enregistrement de l'activité électrique cérébrale.

Je vais donc maintenant vous présenter cette base de données qui concerne aujourd'hui tout le service et qui nous permet de recueillir l'ensemble des données cliniques et biologiques, de les confronter et d'étudier leur évolution au cours du temps.

Elle a été développée par nous méme sur un ordinateur Digital Equipment configuré en réseau. Elle a été installée à la fin de 1991. Elle permet de recueillir un grand nombre d'informations d'origines différentes et collectées sur de longues périodes. En effet cette base de données ne se limite pas aux données traditionnelles de la clinique, mais elle intègre les dimensions électrophysiologiques, d'imagerie cérébrale et de biochimie. Elle résoud les nombreux problèmes rencontrés au cours des études rétrospectives (données manquantes, mal standardisées). Elle comprend 30 grises de saisie représentant environ 800 ¡tems. Chaque grille est aussi indépendante des autres que possible, ce qui permet la saisie des informations par les intervenants eux-mêmes (médecin, infirmière, orthophoniste, psychologue, assistante sociale, électrophysiologiste ... ); le contrôle de l'accès des utilisateurs se faisant non seulement à l'entrée du système (par le classique mot de passe) mais aussi au niveau de chaque grille de saisie. Je veux dire que seul le clinicien responsable peut dans son domaine, pour un enfant donné, saisir et modifier les données. En revanche, la plupart des données peuvent étre consultées par tous.

DIAPOSITIVE

Ces 30 grises peuvent être regroupées en 4 grandes classes:

- l'environnement de l'enfant avec notamment les éléments médicaux el familiaux

- le profil clinique et psychologique de l'enfant qui comprend:

- les évaluations quantaatives des comportements, du langage, du développement moteur ou psychomoteur. Ce sont les différentes échelles utilisées dans le service comme l'échelle d'évaluation du comportement autistique (l'échelle ECA dont nous reparlerons)

- Enfin, les données neurophysiologiques qui évaluent en particulier I'habituation, l'association et la modulation. Les examens EEG (qui sont faits dans le service, de nombreux enfants présentant des anomalies EEG) et les explorations (qui testent les problèmes périphériques d'audition et permettent de détecter des éventuels déficits auditifs) sont aussi côtés suivant une grille standardisée.

Le traitement des données est automatisé en ce qui concerne le suivi des enfants : comme par exemple, les études longitulinales à partir de données chronologiques comme les échelles.

Je vais donc vous présenter deux exemples d'informations directement accessibles au personnel soignant.

DIAPOSITIVE

I1 nous est possible de représenter automatiquement les effets d'une médication ou comme ici d'une rééducation dont a bénéficié l'enfant pendant plusieurs mois. 2 items de l'échelle ECA sont représentés : sur le graphique du haut l'item 'Bizarreries de l'audition', et sur le graphique du bas, l'item "Intolérance au changement et à la frustration'. Sur chaquie graphique apparaît une courbe d'évaluation de l'enfant en groupe (c'est à dire par l'infirmière; le trait en pointillé) et une courbe d'évaluation en situation de thérapie individuelle; c'est à dire pour nous pendant la thérapie d'échange et de développement (le trait en continu). Notons que cette représentation graphique est un des supports utilisé par l'équipe dite de thérapie pour discuter de l'évolution de l'enfant et des réajustements éventuelsman">.

DIAPOSITIVE

Sur cette représentation graphique, nous pouvons voir l'évolution d'un enfant à partir de son échelle ECA côtée chaque semaine par le personnel soignant. Les 29 items de l'échelle sur l'axe horizontal, le temps sur l'axe vertical, une échelle de gris à 5 niveaux represente la note à l'item (en blanc: l'absence de troubles, en noir: les troubles les plus sévères). Au début, l'enfant présente des graves troubles du comportement (matérialisé par ces zones très noires) troubles qui s'atténuent tout au long de la prise en charge.

Indépendemment des traitements automatisés, les données peuvent étre triées et extraites de façon conviviale à partir des micro-ordinateurs et être lues par tous les logiciels classiques. Ceci est utilisé en particulier pour les études thérapeutiques, la définition de sous-groupes cliniques et les validations d'échelles.

Je vais maintenant vous présenter trois exemples de ces travaux qui portent sur différentes données cliniques et électrophysiologiques.

Tout d'abord il s'agit d'une étude qui fait suite à notre premier travail réailisé sur une population de 202 enfants, hospitalisés dans le service avant 1989, et qui avait permis de décrire quatre sous-groupes d'enfants; étude que je vous ai présentée au début de cet exposé. Nous avons pu réaliser cette même étude sur une population de 186 enfants hospitalisés plus récemment, c'est à dire entre 1989 et 1993.

DIAPOSITIVE

En utilisant la même approche statistique sur ces quatre grandes déficiences (le comportement autistique, le retard, les signes neurologiques et les troubles du langage) nous avons ainsi décrit quatre nouveaux profils (à droite) similaires à ceux décrits dans la première population de 202 enfants (à gauche). On notera toutefois une différence importante qui porte sur la répartition des enfants dans les différentes classes et plus précisémment chez les enfants ayant des troubles autistiques importants (les groupes du haut). En effet, si le nombre d'enfants ayant un comportement autistique reste constant, le nombre d'enfants ayant des troubles associés diminue de façon importante : il passe de 19% (groupe I) à 5% (groupe In). I1 faut aussi noter que dans ce groupe, les enfants ont un comportement autistique moins perturbé. Cette évolution, qui est objectivée ici par la statistique, est certainement liée à une modification du recrutement mais aussi à la mise en place de soins précoces chez ces enfants.

Ensuite, il s'agit d'un travail réailisé sur un groupe de 98 enfants diagnostiqués autistes. Des statistiques multidimensionnelles (analyse factorielle des correspondences suivie d'une classification automatique) ont été appliquées sur un ensemble de 13 items de l'échelle d'évaluation des comportements, autistiques (ECA), items qui constituent un ensemble de symptômes spécifiques de l'autisme.

DIAPOSITIVE

man">Cette analyse a permis de décrire 3 groupes d'enfants présentant des profils comportementaux différents. Ces regroupements obtenus par des méthodes statistiques multivariées ont pu étre validés par des méthodes connexionnistes. En effet, on obtient une typologie identique après apprentissage à l'aide d'un réseau de neurones de type Kohonen.

Quels sont les comportements qui dissocient ces trois groupes ?

Ces 3 groupes se dissocient principalement sur la base de deux items, d'une part, les problèmes de perception auditive (AUD, 3ème en partant de la droite) et d'autre part, les problèmes d'imitation (IMI, 2ème en partant de la droite).

Examinons de plus près ces profils.

Dans les groupes B et C (au milieu et en bas), les enfants se caractérisent par une bonne réception de l'information (correspondant à l'item qui évalue la perception auditive AUD et qui est faiblement côté).

man">En revanche, les enfants du groupe C, à la différence de ceux du groupe B, présentent de meilleurs échanges, ce qu'atteste non seulement le faible score à l'item qui évalue l'imitation (IMI), mais aussi aux items ayant trait à la communication, en particulier I'utilisation de la voix et des gestes (VOI, GES).

man">On voit bien, par ailleurs, que le groupe A est constitué d'enfants qui ont des perturbations sévères dans tous les domaines explorés. Les groupes B et C ayant des profils beaucoup plus hétérogènes.

man">Enfin, je vais vous présenter un premier travail qui nous a permis de confronter un ensemble de données cliniques avec certaines données électrophysiologiques recueillies dans le service; et ceci en utilisant toujours les mémes méthodes statistiques descriptives sur de grandes populations d'enfants.

man">DIAPOSITIVE

man">Nous retrouvons sur cette diapositive, les données cliniques précédentes: d'une part, l'évaluation des grandes déficiences (le comportement autistique, le retard, les signes neurologiques et les troubles du langage); et d'autre part, certaines données comportementales issues de l'échelle ECA. Nous ajoutons dans ce cas des données électrophysiologiques : ce sont les potentiels évoqués auditifs recueillis sur cinq dérivations électroencéphalographiques (3 dérivations médianes et 2 dérivations temporales).

man">- en haut à gauche, nous retrouvons les enfants avec des déficiences mineures et de grandes réponses évoquées prédominant au niveau frontal. Ce sont des enfants sans perturbations comportementales importantes; ils se caractérisent essentiellement par des troubles de l'attention (ATT).

man">- à droite, nous retrouvons les enfants avec des déficiences importantes. En haut, les enfànts avec grandes róponses évoquées généralisées et des comportements très perturbés. En bas, les enfants avec des réponses évoquées de faible amplitude et des comportements perturbés mais peu de problèmes perceptifs (AUD).

man">- enfin, en bas à gauche, les enfants autistes peu retardés avec des réponses évoquées temporales de grande amplitude. Ce sont des enfants qui ont des comportements moins perturbés, notamment en ce qui concerne le contact (IGN). I1 faut noter que les réponses de ces enfants rappellent celles des enfants témoins du même âge.

man">J'ajouterai ici deux commentaires:

man">Le premier, ces résultats demandent bien sûr à être confirmés mais renvoient à une réalité bien connue des cliniciens, celle de l'hétérogénéité de l'expression des troubles, d'un enfant autistique à l'autre.

man">Le deuxième, c'est que les fonctions mises en relief, notamment la perception et l'imitation, sont actuellement considérées par les cliniciens comme des témoins de l'autisme qu'il convient d'examiner avec la plus grande attention.

man">Nous dirons donc que ce travail repose dès à présent et pour les années à venir sur la convergence, dans un systéme convivial, d'informations pluridisciplinaires recueillies sur de longues périodes. I1 constitue un outil indispensable pour la mise en relation de l'ensemble des indices cérébraux avec, notamment, les paramètres qui évaluent les comportements. La confrontation de l'ensemble de ces données ayant principalement pour but de mettre en évidence des sous-ensembles homogènes auquels il sera possible de se référer pour la définition et la mise en route des soins.

man">Tout ce travail repose sur le recueil minutieux de données cliniques et ceci chaque jour. Cette recherche s'appuie sur la collaboration de spécialistes mais aussi et surtout sur celle des soignants qui sont toute la journée auprès des enfants.

man">Nous terminerons cet exposé en insistant sur le fait qu'un dialogue permanent s'est instauré avec mes collègues cliniciens, dialogue qui permet de faire vivre cette base de données et lui permet donc d'évoluer. De ce dialogue constructif naissent donc des réflexions conjointes entre les cliniciens, les physioiogistes et l'ingénieur que je suis; reflexions qui orientent les conduites à tenir; ceci à partir de données objectives. L'exemple de tout à l'heure, avec la perception auditive et l'imitation, montre que ce travail peut aller jusqu'à suggérer des orientations nouvelles en attirant l'attention des cliniciens sur des phénomènes, certes pas nouveaux, mais que la sémiologie classique peut ignorer. C'est ainsi que les résultats sur l'audition ont inspiré la construction, dans le service, d'échelles spécifiques à ce domaine.

man">Ajoutons aussi une dernière remarque, c'est que ces méthodes utiles au clinicien, le sont aussi pour le dialogue avec les familles. Nous pouvons prendre l'exemple de la variabilité de la perception auditive, que les parents connaissent bien, et qui peut être objectivée et explicitée par le médecin à l'aide de l'électrophysiologie.